24 BT Histoire des Panhard 24

Impressions

INTRODUCTION

On avait le choix entre la courte et la longue, entre le moteur Tigre et un autre moins sauvage, mais quel que soit le modèle choisi, il y a toujours eu au moins deux voitures dans la Panhard 24 : la carrosserie de charme. toute de séduction, que l'on remarque garée au bord du trottoir, et 1'agaçante crécelle que l'on entend arriver à un kilomètre et qui se mue en un tam-tam désordonné lorsqu'un feu rouge l'arrête.

Placé sous le joug chaque jour plus pesant de Citroën depuis 1955, Panhard était dans l'impossibilité matérielle de réaliser une nouvelle mécanique comme le besoin s'en faisait sentir ; c'est donc dans le domaine de l'esthétique qu'il joua sa dernière carte, de façon magistrale et très personnelle. II fut un temps - entre les deux guerres - où la carrosserie française était mondialement reconnue. Il faut bien reconnaître que par la suite, les grandes réussites novatrices et ne devant rien aux courants américain ou transalpin sont plutôt rares : les Facel Véga, la DS et... la Panhard 24 !

Difficile de croire que cette jolie voiture fluide et lisse de toute ornementation superflue soit sortie du crayon de Louis Bionier alors près de la retraite. On le savait toutefois très soucieux de visibilité depuis l'invention des glaces courbes aux angles du pare-brise des Panoramiques, la 24 est de fait très lumineuse. Mais aussi avoir un goût immodéré pour le baroque et la moulure clinquante et redondante ; n'a-t-il pas transposé le "style nouille' à l'automobile en créant la Dynamic, et le style Louis XV dans la Dyna X ?

Loin de ce fatras la 24 est belle parce que fonctionnelle. Le pavillon plat, la calandre rejetée sous le pare-chocs très enveloppant, les optiques doubles sous verrière unique, tout cela est très moderne.

AMBIANCE SPORT ET RAFFINEE

Et la 24, en version Tigre, a le bon goût d'offrir à l'intérieur ce qu'elle promet à l'extérieur : un seuil recouvert d'inox, un plancher moquetté de part en part, une sellerie simili qui semble avoir été cousue autour de deux impératifs : confort et maintien. Mais le morceau de choix reste la planche de bord, qui sous deux visières symétriques offre une impressionnante série de cadrans cerclés de chrome et protégés par une casquette individuelle... tachymètre avec totaliseurs général et journalier, compte-tours, montre, jauge à essence, ampèremètre, thermomètre d'ambiance même ; on ne voit guère ce qu'on pourrait ajouter ! Certains pourtant, ignorant sans doute que l'information crée l'inquiétude, réclamaient un manomètre de pression d'huile (surveillée par un voyant), un thermomètre pour surveiller ladite huile et un témoin de pleins phares ; pourquoi pas un altimètre aussi ?

Plusieurs raffinements annexes mettent déjà la Panhard 24 au-dessus de la plèbe automobile : une seule clé ouvre les portières, la malle et la trappe à essence et met le contact, un feu rouge s'allume en bout d'accoudoir à l'ouverture de la portière, traversée par un conduit de chauffage pour désembuer la lunette arrière. Un tambour pivotant au centre du tableau de bord, permet de sélectionner facilement la combinaison des bouches d'air chaud à ouvrir. Les sièges avant s'escamotent totalement et sans effort pour libérer l'accès aux places arrière et reviennent à leur exacte position initiale. Incidemment, cette astuce nécessite des tapis de sol largement laniérés pour laisser le passage aux glissières, ce qui les rend très fragiles. Les sièges en eux-mêmes sont par ailleurs pourvus d'une infinité de réglages pour convenir à la morphologie de chacun, en profondeur, hauteur et assiette de l'assise et inclinaison du dossier.(le principe de cette embase à multiples positionnements sera aussitôt après adoptée en option sur la D5) ; le volant, ovale et tulipé, est aussi réglable en profondeur.

24bt

Bien qu'étant assis. plus bas et que le levier de vitesses soit au plancher, on ressent la même impression d'espace qui caractérise la PL 17, du fait qu'aucun bossage ne . vient empiéter sur l'habitacle, sensation renforcée par une exceptionnelle luminosité. Un coup d'œil par-dessus l'épaule dévoile la banquette arrière où trois adultes doivent pouvoir s'asseoir sans s'imbriquer les côtes. Il faut dire que nous sommes à bord .d'une "bt", un poil plus large que la "ct" et nettement plus longue.

A SON VOLANT

Un tour de clé sans accélérer, la Panhard s'ébroue avec une sonorité que l'on reconnaît les yeux bandés. Le capot s'ouvre (dans le bon sens) en actionnant une .tirette à droite sous la planche de bord. Son étroite ouverture laisse apparaître une petite chose qui parait sauter d'un pied sur l'autre en claquant des talons ; surmonté de son haut filtre à air peint en noir. A tirer ainsi sur ses supports moteur, pas étonnant qu'il faille de temps à autre resserrer les colliers d'échappement.

Avec 850 cm3 seulement au bout du câble d'accélérateur, il y a intérêt à lancer le moteur avant d'embrayer. On a envie de rouler le plus tôt possible pour éliminer cette désagréable sensation de déplacer tout le poids de la voiture à la force des bras ! L'insertion dans le trafic s'opère sans problème, et le régime moteur monte, monte, monte jusqu'à emplir tout l'habitacle de sa valse à deux temps. Le Tigre caché sous le capot bondit subitement au coin des 3.500 tr/mn, attention à ne pas dépasser les 6.200 indiqués par le constructeur: 45 km/h en première, 90 en deuxième et 130 en troisième, l'étagement paraît excellent. On note ensuite une certaine langueur du synchro pour enclencher la quatrième surmultipliée. C'est manifestement pourtant autour de 110-130 km/h que la 24 est la plus amusante à conduire, jouant suivant les conditions entre troisième - quatrième. Au-dessus, les 150 annoncés sont atteints péniblement et l'aiguille s'effondre à la moindre côte.

La direction reste lourde par rapport à bien des contemporaines, et transmet volontiers les chocs que la route lui imprime, mais le confort est très satisfaisant, surtout grâce aux sièges d'ailleurs car la suspension encaisse mal les dos-d'âne et autres profils de tremplin. Quant à la tenue de route, elle est simplement enthousiasmante : peu de voitures de tourisme ou de sport de cette époque et même plus modernes se montrent aussi insensibles que la Panhard 24 au vent latéral ou au sol humide, et son caractère forcément sous-vireur (l'apanage des traction avant) n'apparaît qu'à une vitesse déjà élevée. La marge de sécurité qu'elle offre est donc respectable, et cela par tous les temps. Avec ses pneus étroits, elle fera aussi merveille sur la neige. Il demeure néanmoins que la montagne n'est pas à proprement parler le terrain de prédilection d'une voiture de 60 ch pour 875 kg ! Pour l'anecdote, indiquons qu'il arrive au témoin de pression d'huile de s'allumer intempestivement dans les virages à droite pris un peu fort... Sans gravité.

PAS VRAIEMENT UNE CITADINE

Sur route, la 24 respire à fond et pour peu que l'on ne se montre pas trop paresseux pour jouer du levier de vitesse (l'embrayage est très doux). on est surpris de la moyenne tenue avec une si faible cylindrée. D'autant que la consommation dépasse rarement les 7-8 litres aux cent ! Evidemment, il y a un hic : si l'on cravache un peu, il vaut mieux tenir ses oreilles aux aguets pour déceler la venue d'un 'petit bruit annonciateur de quelque faiblesse mécanique, et comme le volume sonore est assez assourdissant, cela devient vite pénible.

En ville, c'est une autre histoire : il faut souvent vaincre la pesanteur de la direction et l'on manque singulièrement de couple pour relancer la voiture, obligeant à jongler avec les rapports qui n'en demandent pas tant. En revanche on apprécie la visibilité sous tous les angles et passer la marche arrière ne pose aucun problème avec le levier au plancher (ce n'était pas vraiment le cas des Panhard précédentes à levier sous le volant !).

On n'a pas parlé des freins : on sait. que les tambours ailetés des premiers modèles n'étaient pas à la hauteur de leur tâche. L'efficacité des disques comme ceux qui équipent la 24 bt essayée n'est pas mise en doute, mais ils requièrent un effort sur la pédale trop important pour donner une sensation de sécurité et d'agrément.

En conclusion, la Panhard 24 demande une conduite sportive à laquelle on prend beaucoup de plaisir, si ce n'était le bourdonnement continu du moteur, et gratifie ses occupants de performances (vitesse moyenne, confort et consommation) remarquables si l'on peut éviter les parcours urbains et pentus. On appréciera en outre ses attentions (miroir de courtoisie éclairé et lecteur de carte, banquette rabattable et chauffage sophistiqué) et par-dessus tout sa robe flatteuse.

Retour Retour sommaire Histoire Histoire 24 Technique Technique 24 Modeles Modèles 24

Visiteur