SIMCA P60 au fil des ans

De l'Aronde à la 1300 en passant par l'Etoile 6

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LA NAISSANCE DE LA P60

En 1957, l'Aronde, qui souffle ses six bougies et ses 500 000 exemplaires, connaît toujours un grand succès commercial qui dépasse, de loin, celui de sa concurrente la 203 Peugeot. Cela dit, gonflée à partir de coups médiatiques (records d'endurance, pseudo nouveau moteur, restylages fréquents, coups publicitaires, grosse pression autour du réseau très dynamisé, charisme de son P.D.G. Henri-Théodore Pigozzi), cette domination reste un peu artificielle par rapport à la bonne et solide réputation de sa rivale sochalienne. Dès qu'elle n'est plus soutenue, l'Aronde se dégonfle vite, comme un soufflet froid. Bref, il faut tenir la pression, ce dont la 203 se fiche comme de sa première chemise (de piston). Cette année-là, l'état-major de Simca se rend compte qu'il faut faire quelque chose. Agée seulement de six ans, malgré un semi-rajeunissement esthétique récent baptisée ligne Océane, aux formes plus tendues, l'Aronde " fait son âge " (1951 à 1958). Se calquant sur la mode américaine d'alors, Pigozzi décide de changer encore de carrosserie. Mais pas question de redessiner une nouvelle voiture de A à Z ! Pour réduire les frais d'investissement au maximum (car Simca, c'est son talon d'Achille, a toujours manqué dramatiquement de fonds propres), on projette de rajeunir assez profondément l'actuel modèle, sans toucher à la structure ni à la mécanique, modifiée, on s'en souvient, en 1955, lors de l'adoption du moteur flash qui était simplement l'ancien 1221 cm3 réalésé à 1290 cm'. C'est connu, chez Simca, on fait toujours du tout beau tout nouveau avec de l'ancien. Et ça marche ! En septembre 1958, a lieu le lancement " pharaonique " de la P60

P60 COMME PERSONNALISATION DES ANNEES 60

La carrosserie est donc redessinée dans un style certes américanisé, alors très à la mode, mais sans excès. Ce ne fut pas le cas de certains prototypes équipés d'un pavillon à pare-brise et lunette arrière à montants inversés dans le genre de la Plein Ciel, formes s'intégrant très mal dans le volume réduit de celui-ci. On sait aussi qu'une carrosserie à demi modernisée ne fut pas acceptée par H.T. Pigozzi ! En fait, à partir de la structure caisson armé qui adopte pour l'occasion un surbaissement légèrement revu dans sa partie avant (nouveau pédalier), le bureau d'études a redessiné autour des portes à la surface vitrée agrandie vers le bas, un pavillon aplati, nervuré et surbaissé, surmontant un nouveau pare-brise et lunette arrière panoramique, protégée par une visière, un capot plus plongeant et une nouvelle face avant et arrière au style inédit. Le tout est bien entendu agrémenté de nouveaux pare-chocs à butoirs caoutchouc empruntés à la dernière Chambord. Par ailleurs, l'intérieur a également été revu de fond en comble ; nouvelles garnitures, sièges redessinés toujours baptisé 3D signifiant 3 dimensions (plus simplement ils ont des dossiers inclinables), sans oublier une planche de bord en matière plastique à tachymètre horizontal cette fois. Mécaniquement, rien de nouveau sauf la commande du levier de vitesses plus agréable à utiliser que l'ancienne et un éclairage code européen, c'est-à-dire asymétrique. En fait, d'après Simca, ce restylage n'est que la partie visible de l'iceberg P60. La partie cachée, c'est la possibilité de personnaliser sa voiture. D'où le nom deP60 signifiant personnalisation des années 60. Cela laisse imlicitement signifier à l'acheteur qu'il va devenir le propriétaire de la voiture de demain. Pourquoi ? Parce que chaque P60 est différente et ne ressemble pas à l'autre. Etonnant non ?

Pour ce faire, la construction de l'Aronde a nécessité un nouvel outillage et des chaînes plus imposantes qui ont été transférées à Poissy, l'usine Ford rachetée par Simca à la fin 1954. En effet, jusqu'à la fin de 1958, les Aronde sont fabriquées à Nanterre, l'usine originale de Simca où la place manquait dramatiquement. Comme on nourrit beaucoup d'ambition pour la P60, on décide donc de monopoliser Poissy. En revanche, un peu plus tard, pour gagner de la place, la Vedette sera transférée à Poissy où elle côtoiera les anciennes Aronde 1300 type 1958, produites encore un an en version Deluxe pour la France et pour l'exportation ! Grâce à l'informatique, simplement appelée à l'époque mécanographie, consistant à la lecture d'un ruban perforé contenant tous les renseignements, il est possible, à partir d'un poste central, de choisir les teintes de carrosseries et coloris intérieurs qui peuvent ainsi évoluer d'un modèle à l'autre. Une innovation pour l'époque. A titre d'exemple, si chez Peugeot, le futur propriétaire d'une 203 doit limiter son choix à 3 ou 4 teintes et intérieur éternellement gris, chez Simca, c'est Byzance : la P60 propose l'embarras du choix entre... 25 teintes, fruit de la combinaison de huit coloris et des diverses combinaisons offertes par le pavillon désormais bicolore, d'inspiration encore une fois très américanisée ! A ces 25 coloris, rajoutez le choix entre la teinte de tissu pour les sièges, la Simcaradio, l'embrayage Simcamatic, les appuis-tête, les flancs blancs, le crochet de remorque. Secouez le tout; et vous obtiendrez un nombre de combinaisons bouleversant ! E faut absolument se replonger dans le contexte de l'époque pour mieux en saisir l'esprit novateur, même si c'est déjà très banal aux USA où il est depuis longtemps possible de choisir ses couleurs et ses options. En France, Simca, comme pour de nombreuses autres idées, a encore été le pionnier. Si en plus, vous vous imaginez le " cinéma " fait autour de cette innovation par Pigozzi, qui avait au moins autant de faire-savoir que de savoir-faire et vous imaginerez mieux, 35 ans après, le lancement de la P60 au Salon de Paris d'octobre 58. A écouter ce bon M. Theodore, Simca vient tout simplement d'inventer, ou plutôt réinventer, l'automobile. De plus, ça tombe bien pour la marque de Poissy, car ce salon 1958 manquant singulièrement de nouveautés vraies est un peu tristounet. Drapée dans sa robe bicolore, la jeune P60 volera la vedette (si l'on peut dire) à d'autres marques moins imaginatives : elle fait en tout cas la une de tous les " mags " à la mode. On n'arrête pas de parler de Simca lors de ce salon. Soyons francs, si les professionnels en parlent c'est pour une autre raison. Chrysler vient de prendre 25 % des parts de la marque française ! Mais, c'est une autre histoire, déjà contée.

10 VERSIONS ET 3 MOTEURS

Au total, la P60 est proposée en... dix versions. L'embarras du choix ! Rappelons qu'en 1958, la multiplication des versions d'une voiture est inconnue chez nous. La Dauphine vient seulement d'être épaulée par le modèle Gordini et la Citroên 2 CV offre chichement le choix de la porte de malle arrière. Décidément, M. Pigozzi est un homme de ressources. D'abord, pour tenir des prix serrés, il continue à proposer l'ancienne carrosserie 1958, rebaptisée P60 en motorisation 1100 Deluxe 6 ou 1300 Deluxe 7. On se souvient qu'il a présenté cette 6 CV quelques mois plus tôt, en refaisant le chemin inverse de celui qu'il avait parcouru en 1950 lors de l'apparition de la Simca 1200 qui utilisait le 1090 cm', réalésé à 1221 cm3. Cette fois, le bon vieux 4 cylindres redécouvre sa cylindrée originelle et ses 6 CV fiscaux (40 SAE) contre 7 (48 SAE) pour la Deluxe 7 affichée 6 590 F, soit 250 F (2 500 F actuels) de plus que la 6 qui a pour mission d'aller chasser sur les terres de la Dauphine. La gamme P60 débute avec l'Elysée 1300, 7 CV, 48 ch, affichée à 7 340 F (75 000 F actuels), aussi ce modèle se situe, idéalement, entre la 203, qui avoue des rides au coin des joues d'ailes, et la nouvelle 403, plus moderne (800 000 F), qui a déjà fait beaucoup de mal à l'Aronde. En effet, cette vaste, confortable et robuste 1500 s'inscrit bien dans la logique d'achat d'un possesseur d'Aronde 1300 ou, on s'en doute de 203, désirant passer à plus vaste, plus confortable, plus rapide, bref à mieux... Ensuite, on note la version Montlhéry plus sportive, disons plus rapide, animée par le Super Flash qui dispose de 57 ch SAE grâce à une culasse revue. En plus, elle se distingue par sa présentation plus luxueuse (ou plus clinquante, au choix) avec des enjoliveurs pleins empruntés à l'Océane et de larges ceintures de caisse en métal guilloché, au dessin différent de ceux de l'Elysée, au style plus léger. Fait important, la Montlhéry ne vaut que 310 F de plus ! Evidemment, ces deux mécaniques se retrouvent avec sensiblement la même présentation sur l'originale 4 portes sans montants, baptisée, c'est connu, Grand Large (40 ch) ou Monaco, c'est nouveau en 57 ch encore davantage surchargée en chromes (clignotants latéraux horizontaux, ceinture de caisse dorée ... ). N'oublions pas les Plein Ciel et tous les utilitaires qui, eux, pour l'année seulement, utilisent l'ancienne carrosserie de l'Aronde 58, à savoir, la Messagère 500 kg, la Châtelaine 4 places vitrée, la Commerciale qui est un mélange des deux précédentes et la camionnette, baptisée l'Intendante. Modeles P60
10 versions de la P60 vous tendent les bras à des prix s'étageant de 6 340 F à 8 570 F pour la Monaco plus les options et la taxe locale en sus, c'est-à-dire 2,7 %.

BEAUCOUP DE SUCCÈS

Sincèrement, la P60 fait une entrée remarquée dans notre monde. D'abord, elle intéresse tous les possesseurs d'Aronde, séduits par son esthétique disons-le très agréable et très mode, hésitant, comme la Chambord d'ailleurs, entre les tendances américaines (visières de phares ailerons) coloris bicolores, chromes épais et la discrétion de bon aloi des lignes italiennes. Sur 4,18 ni de long (7 cm de plus que l'Aronde 58), sur seulement 1,56 ni de large comme auparavant et 1,42 tri de haut (2 cm de moins), en connaissant le cahier des charges précis, avouez qu'il est difficile de faire mieux pour le même prix. Avec ses lignes plus tendues, la P60 a perdu un peu de l'aspect rondouillard de l'ancienne 58, dont le modèle d'origine (51, à 55) était, il est vrai d'inspiration latine, " pompé " sur la Flat 1400. Cela dit, la vision d'une publicité de l'époque prête à sourire. Sur tous les dessins, la P60 apparaît allongée, affinée, surbaissée, étirée, semblant mesurer 4,50 ni de long pour 1,30 ni de haut. Alors que dans la réalité, elle est assez étriquée et surtout haute sur pattes ! Néanmoins, les utilisateurs applaudissent ses lignes modernisées, son côté pimpant et souriant , sa visibilité en net progrès ainsi que son équipement assez complet. L'Aronde exhale du charme, c'est indiscutable. En revanche, beaucoup sont déçus par une habitabilité qui, hélas, ne s'est pas améliorée, sauf au niveau du volume arrière dévolu à la tête. En effet, avec ses épaisses portes qui empiètent sur les 1,56 ni de l'habitacle, la P60 manque cruellement de largeur intérieure. Autres regrets ; la finition intérieure plutôt clinquante, qui fait appel à un plastique parfois léger (boîte à gants) et à une floraison de gadgets (badges, chromes, motifs dorés) un peu trop omniprésents, surtout sur les Montlhéry et les Monaco. Côté conduite, on s'en doute, les inconditionnels de la marque se retrouvent en terrain connu, c'est-à-dire l'Aronde 1300 avec son lot de qualités ; direction précise et légère, nervosité, bon freinage entraînant une conduite globalement agréable et, évidemment, son lot de défauts : essieu arrière sautillant et inconfortable, commande de boîte certes en progrès, mais encore très imprécise, sirènement du pignon de la première au démarrage. Enfin, les purs et durs, les adeptes de la Montlhéry regrettent la vivacité de cette dernière. En effet, davantage que les 30 kg pris sur la bascule, la P60 affiche un Cx qui s'est salement détérioré par rapport à l'ancienne 1958. Bref, les 138 km/h de la 58 se sont mués en 133/'135 km/h. A une époque où il est fréquent de faire la course sur la route, 5 km/h en pointe, c'est important.

RECORD DES VENTES

Ces petits travers n'empêcheront pas la P60 de rencontrer un très vif succès commercial. En 1959, première année de production, elle pulvérise d'ailleurs son record absolu des ventes, depuis 1951, avec 194 553 voitures produites contre 143 500 en 1958 et 138 000 en 1957 ! Cela dit, on sait que ce sera éphémère car elle cache de vieux dessous un peu rapiécés sous une robe rajeunie. Le modèle 60 essaye de réparer un de ses défauts qui devient de plus en plus insupportable face à la concurrence, à savoir sa suspension arrière style " tapecul . Pas question de redessiner une suspension 100 % nouvelle. Rappelez-vous, du neuf avec du vieux ! On a donc conservé l'essieu très rigide à ressorts à lames. On en a réduit le nombre afin que celle-ci servent surtout au guidage du pont. Ces lames sont maintenant épaulées par de gros ressorts à boudins plus efficaces et plus confortables. La suspension avant a été assouplie et la barre stabilisatrice modifiée, on a même inventé un nouveau vocable pour désigner " cette nouvelle suspension " : " Flexaronde " ! Chez Simca, c'est connu, on n'a jamais eu peur des excès verbaux. En fait, cette combinaison lames - ressorts sera adoptée plus tard sur un modèle au nom plus prestigieux, la Ferrari 250 GTO qui reprenait les lames assouplies de la 250 GT, épaulées de ressorts à boudins. Ne vous méprenez pas, avec sa suspension assouplie, la P60 est à 10 000 lieues de la DS 19. Cependant, il faut admettre qu'elle a amélioré le confort des passagers arrière qui ressentent moins les incessantes ruades de l'essieu arrière. Par ailleurs, grâce à un taux de compression accru (8,2 à 1), le 1290 cm' Super Flash est désormais annoncé pour 60 ch SAE contre 57 auparavant, ce qui, on s'en doute, redonne un peu de souffle à la Montlhéry. Cette année-là, on note également que les utilitaires adoptent la face avant de la P60 (capot - ailes calandres), mais conservent l'ancien arrière. On voit naître un break de luxe baptisé Ranch qui emprunte la mécanique de la Montlhéry. Mais il ne sera livré qu'à la fin de 1960.

P60 Etoile 6 Plus importante est la présentation de l'Etoile 6. Ce modèle remplace l'ancienne Deluxe 6 dont la carrosserie est définitivement abandonnée. Il s'agit en fait d'une P60 à la présentation dépouillée qui accueille le 1100 cm3 40 chevaux. Contrairement à toute attente, cette voiture va rencontrer un succès inattendu

Intelligemment, Simca ne l'a pas trop dépouillée. Mieux, avec sa fine baguette latérale, sa teinte unique, ses chromes réduits mais plus discrets, elle offre un aspect moins clinquant que la P60 qui, vraiment, en fait trop. Mieux, elle est plus élégante et les réactions très positives qu'elle va rencontrer vont donner des idées à Simca. Qui plus est, l'Etoile 6, pour 6 590 F, fait vraie voiture, disons plutôt grosse voiture face à la Dauphine, sorte de 4 CV engraissée. Avec ses 40 ch, ses 120 km/h, ses tôles épaisses, son moteur avant sécurisant (sa lourdeur aussi !), c'est une alternative raisonnable face à la Dauphine, certes plus vive et plus agréable à conduire, moins coûteuse (5 800 F), mais réputée dangereuse, trop populaire et sans image.

La Simca en donne plus. D'ailleurs, c'est l'Etoile 6 qui sauvera la P60 dans ses vieux jours.

Simca abaissera même son prix à 6 340 F et même 6 190 F en 1961 pour essayer " d'aller chercher " la Dauphine sur son terrain. "

NOUVEAU MOTEUR : LE RUSH

Comme les ventes de 1960 tombent à 175 000 voitures, le millésime 61 se doit encore d'offrir du nouveau. Par opposition à Peugeot, qui dramatiquement ne fait rien, Simca est contraint de proposer sans cesse de l'inédit pour rallumer les feux sous l'Aronde. De plus, entre temps, Peugeot vient de dévoiler sa 404 très moderne qui draine vers elle la clientèle embourgeoisée des 1300 du milieu des années 50, ainsi qu'une 403-1300 cm' 7 ch. Le dernier restylage date de seulement deux ans. Pourtant l'Aronde accuse déjà un coup de vieux face aux lignes italiennes et tendues de la 404. Que faire ? On s'inspire de la sobriété qui va si bien à l'Etoile 6. On enlève de nombreux chromes, on remplace les épaisses dorures latérales par une fine baguette rectiligne qui allège et allonge les lignes, le tout lié à des coloris souvent uniques et plus sobres. On est loin de la présentation " pharaonique de la fameuse personnalisation 60 ! N'oublions pas l'aménagement intérieur également simplifié (tachymètre). On avait rajeuni la carrosserie et la suspension. Il fallut alors s'attaquer à la mécanique dont le dernier replâtrage datait de 1955 avec le passage en 1290 cm' (Flash). Pigozzi, qui s'intéresse surtout à ce qui se voit, n'est pourtant pas chaud. Finalement, son bureau d'études finit par le convaincre d'autant qu'on entrevoit la possibilité de l'utiliser sur celle qui doit succéder à l'Aronde. Rappelez-vous, du neuf avec du vieux ! Sans se montrer fragile, le bloc de l'Aronde de conception assez ancienne (1936), avec son petit vilebrequin à trois paliers est tout de même moins robuste que le bloc surdimensionné et plus sophistiqué de son ennemie jurée, la 203, qui de surcroît permet le réalésage jusqu'à 1500 cm3. Alors, qu'elle est la solution la plus économique ? L'équiper d'un vilebrequin. à 5 paliers qui apporterait un semblant de rigidité à celui-ci. Rappelons que la technique du 5 paliers était alors inconnue des moteurs de série, réservée en priorité aux machines de course et aux diesels. Comme il n'est évidemment pas question d'usiner un nouveau bloc plus vaste afin que le vilebrequin plus massif puisse trouver ses aises, vous connaissez le genre de la maison, on enfile tant bien que mal, le vilebrequin dans l'ancien bloc " bidouillé ". Sincèrement, on ne peut pas dire que tous les paliers portent efficacement. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! Enfin, c'est mieux qu'avant. Il faut admettre qu'à haut régime, le 5 paliers se révèle plus soyeux que le précédent et globalement, plus robuste à l'usage que le Flash. Important, on améliore aussi le graissage grâce à un épurateur d'huile centrifuge d'inspiration Mat, qui permet de doubler le kilométrage parcouru entre les vidanges. Cela fait, on installe des pistons renforcés, on peaufine l'allumage, etc., etc. Un petit coup de peinture par-ci par-là pour donner un coup de jeune au couvre-culbuteurs, un nouveau nom qui en met plein les oreilles : le Rush. Voici le tour de passe-passe ! Et Simca d'annoncer, sans baisser les yeux, un tout nouveau moteur qui compte tout de même... 172 pièces changées par rapport au vieux Flash. Cela dit, grâce à une compression revue, il délivre quelques petits chevaux supplémentaires : 42 sur l'Etoile 1100, 52 sur l'Elysée 1300, 62 sur le "Super Rush" de la Montlhéry qui retrouve, heureuse, ses chronos de... 1957. Vous connaissez bien cette fois la mentalité du patron. On fait un battage monstre autour de ce " nouveau " moteur. A cet effet, une Ariane animée par un super Rush 62 eh parcourut 200 000 km à Miramas pour prouver la robustesse de la mécanique. Evidemment, elle fut la vedette du Salon de Paris 1960. A titre de comparaison, en 1964, Peugeot équipa le bloc 1618 cm3 de sa 404 d'un vilebrequin à 5 paliers. Cela ne fit pas une ligne dans les gazettes. Autre constructeur, autres moeurs... Cela dit, le Rush, à défaut de bouleverser la vie de l'Aronde, conforte, c'est certain, sa réputation de robustesse toujours un peu controversée. En revanche, il est notoirement très apprécié sur l'Ariane "Miramas ", qui gagne dans l'affaire 12 chevaux très attendus pour se " coltiner " la lourde carrosserie, issue de la Vedette. Grâce à ce moteur, à son " look " enfin sobre qui lui apporte une image de voiture plus sérieuse, à une formidable campagne de publicité, à son absence de concurrence sérieuse dans le segment 1300 cm', cette année-là, grâce surtout à l'Etoile 6 vendue à un prix écrasé, l'Aronde P60 peut encore faire illusion auprès de 164 000 acheteurs globalement satisfaits. Indiscutablement, l'âge de la voiture se sent au niveau structurel, qui date tout de même de 1951.

LA SIMCA 1300

Hélas pour M. Théodore, l'Europe bouge... L'ouverture des portes du Marché Commun voit apparaître brutalement une meute de modernes 1100-1300 cm', style Ford Anglia, Consul, Taunus 12 M et 17 M, Fiat 1300 qui, s'ajoutant à la naissance de la Renault R8, vont être fatales à la P60, qui les reçoit de plein fouet dans sa calandre ovale et démodée. Mauvaise année 1962 pour la vieille dame de Poissy. Elle qui n'évolue plus, sauf sous la forme d'une Etoile 7 à moteur 1300 et d'une Montlhéry dite Spéciale, le " must " de la lignée, que chaque collectionneur de P60 rêve de posséder. Il est vrai que c'est une sacrée voiture. Grâce à une culasse un peu plus comprimée, le Rush rebaptisé Super M annonce cette fois 70 ch SAE, calcul à notre avis un peu italien, pour être polis. Cette Montlhéry très spéciale se distingue seulement par son logo d'aile arrière très discret, nouveau genre de la maison. Sur route, avec 145 km/h en pointe, elle " gratte " les 404 Peugeot ! Finie l'époque des tons criards. Elle peut être proposée en teinte unique, notamment un superbe gris métallisé très classe et très mode, ton alors popularisé par la 404 super luxe intérieur cuir. La classe, quoi !... D'autant qu'elle peut recevoir de nouveaux sièges en matière synthétique baptisée " naugahyde " dont la couleur blanche est également jugée très smart. La mode, c'est un truc qui ne se discute pas ! Nous l'avons dit, en 1962, la P60 vit mal la concurrence agressive, et ses ventes chutent à... 84 236 exemplaires. A Poissy, on songe évidemment depuis quelques temps à sa remplaçante, qui ne sera dévoilée qu'en mars 1963, au Salon de Genève, sous le nom de 1300-1500. Si cette dernière adopte une mécanique enfin inédite, la 1300, qui sera uniquement disponible cette année-là, reprendra le Rush Super 62 ch (super M 70 ch trop pointu !) accouplé heureusement à une boîte de vitesses, enfin moderne, intégralement synchronisée. Affichée à 7 800 F ou 8 200 F, selon l'équipement, la Simca 1300, aux lignes très réussies, sera fort bien accueillie par les plus de 1 300 000 possesseurs d'Aronde, dont, hélas, une grande majorité avait déserté l'hirondelle pour passer à plus ambitieux. Si l'équivalent de la Simca 1300/1500 était apparu 3 ou 4 ans plus tôt, le destin de la marque Simca aurait été certainement différent... En 1963, on vend surtout des Etoile 6. Bien qu'elle soit toujours affichée au catalogue du millésime 64, l'Aronde vit ses derniers jours cette année-là avec 31522 voitures produites, soit au total 475 000 P60 sur 1425 000 Aronde, en tenant compte de celles produites à l'étranger. Etonnant concours de circonstances, la fin de l'Aronde se calque sur celle de Simca et sur celle de son fabuleux animateur. En effet, au Salon de Genève 1967, l'on apprend que Chrysler prend cette fois 60 % des parts de la marque française, assez mal en point. On n'imagine pas un instant que le géant américain sera en fait le fossoyeur de la marque. Quelques semaines plus tard, Pigozzi quitte la tête de Simca. Il a des vues ailleurs, du côté de son pays natal, l'Italie. Cela ne se fera pas, la maladie ne lui en laissera pas le temps. Il disparaît en 1964, alors que sortent les dernières P60. Troublant, non ?...

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